L'auteur du blog

Je m'appele Patrick Fleuridas et réside sur la presqu'île guérandaise. Passionné par l'Histoire en générale et celle de Saint-Nazaire au cours de la seconde guerre mondiale en particulier, j'ai créé ce blog afin de partager les connaissances acquises depuis plusieurs décennies sur ce secteur. Merci de bien vouloir respecter les propriétés privées et de préserver les lieux visités.                                                    

 

 HISTORIQUE SUCCINCT DE SAINT-NAZAIRE

Des origines à la première guerre mondiale.

La création du port de Saint-Nazaire est relativement récente. A l'origine un petit hameau  accroché sur le rocher à l'embouchure de la Loire. "mein roc", mon rocher en patois local, d'où le nom du quartier "maroc" par déformation. Cette version est toutefois contestée. C'est le refuge de quelques pécheurs et des pilotes indispensables pour remonter l'estuaire de la Loire. Ces derniers connaissent les passes, les courants violents, les bancs de sables qui se modifies au rythme des marées. La création du port actuel est artificielle. Elle date du milieu du XIXéme siècle. Tout est creusé et aménagé, en plusieurs étapes, au fur et à mesure du développement des chantiers navals et du transport des passagers vers l'Amérique Centrale notamment. Au premier bassin, dit de Saint-Nazaire, un second est creusé dans son prolongement vers le Nord, celui de Penhouët. L'écluse Sud aménagée au tout début du XXème siècle permet le passage des plus grands navires de commerce pour l'époque.

Lors de la première guerre mondiale, c'est là que débarquent les premières troupes américaines en juin 1917. Cette présence a marqué la ville et le port par des aménagements importants comme la création des étangs du bois Jolland, au nord-ouest de la ville afin de ravitailler en eau potable les troupes stationnées, embryon du service de distribution des eaux actuel. Sur le port le premier entrepôt frigorifique de grande capacité est construit pour le stockage de la viande, malheureusement récemment détruit.La ville et le port vont vivre jusqu'à la fin de 1919 au rythme de la présence américaine, avec bonheur pour certains, mais aussi des problèmes de sécurité public en raison des bagarres liées aux consommations extrêmes d'alcool.La presqu'île Guérandaise et jusqu'à Savenay va se couvrir de campements pour la troupe, de lieux de stockage de matériels, centre de remontage de locomotives à Trignac. Plusieurs camps de convalescence et un important hôpital sur Savenay. 

Saint-Nazaire_1930_archives départementalesPlan de Saint-Nazaire en 1930. Archives départementales. La ville est concentrée au Nord du bassin de Saint-Nazaire. La population est de 40488 habitants. On remarque l'absence de la cale Joubert qui ne sera creusée que l'année suivante avec une inauguration en 1933.

La seconde guerre mondiale, l'occupation et les destructions.

Après la défaite de juin 1940 et ll'application des conditions de l'armistice, Saint-Nazaire se retrouve dans la zone côtière interdite, large de cinquante kilomètres, tout au long de la façade maritime française. Les habitants qui ne peuvent justifier d'une occupation permanente d'un logement avant le 1er septembre 1939 sont interdits d'accès. Ainsi les stations balnéaires deviennent rapidement des villes fantômes, avant de recevoir de nouveaux occupants: La Baule est  un lieu de villégiature apprécié pour les allemands et un lieu de repli pour les administrations françaises de la ville de Saint-Nazaire, détruite progressivement par les bombardements alliées.Hôtels, pensions de famille, établissements privés ou publics, simples villas de particuliers, tout est réquisitionné. De grands abris de protection aérienne, d'un modèle unique à la festung sont édifiés tardivement. Ils sont en voie d'achèvement car le système de ventilation est en cours d'installation.

Le port, qui n'est pas militaire, le devient avec la construction d'un imposant abri pour sous-marins à partir de février 1941. Le projet prévoit sur l'emplacement de l'ancien bassin de retournement des paquebots transatlantiques l'édification d'un ouvrage comprenant au départ quatre alvéoles doubles et trois simples asséchables. Ces dernières seront inaugurées à la fin du mois de juin 1941 par l'amiral Doënitz et le Dr Todt en personne. Il y  aura quatorze alvéoles au final à peine deux ans plus tard après deux extensions, l'une au Nord et la seconde au Sud. Plusieurs dizaines de bunkers sont construits autour des bassins du port, des centaines le long des côtes mais aussi à l'intérieur des terres. Une ligne de défenses disposée en arc de cercle autour de la ville assure la protection terrestre. mais  l'ennemie vient surtout du ciel. Pour cela la Kriegsmarine, en charge de la défense de ses installations, va déployer un ensemble impressionnant de 18 batteries lourdes anti-aériennes équipées de canons de 10.5 cm ou 12.8 cm. L'efficacité des artilleurs de la Kriegsmarine fait surnommer Saint-Nazaire "Flakcity" par les  aviateurs américains. Avec des bombardements toujours plus intenses, plus de cinquante raids sur la ville,tout est désormais "mis sous béton":  Centrale électrique, réservoirs à carburant, stockage des munitions, des torpilles, abri pour personnel...

Une écluse protégée est construite à partir de l'été 1942 et son achèvement date de la fin de l'année 1943 pour le gros-oeuvre . Elle a pour but d'assurer la protections des U-Boot lors de la délicate opération d'éclusage. Les travaux continuent aussi sur la base où une troisième dalle de béton  est coulée sur une grande partie du toit. En complément, une superstructure dite "Fangrost" est mis en place sur un tiers de l'ouvrage. Son but est de piéger les bombes alliées, toujours plus puissantes, et les faire exploser en surface, sans danger pour la dalle de toit. A l'extrémité Sud, une extension est en cours de ferraillage. Sans doute un casernement identique à celui édifié au Nord. A l'intérieur du bassin de Saint-Nazaire, au niveau de l'écluse Sud, un autre abri est en cours de construction. Les murs sont achevés comme en témoigne les photos prises en 1945.Il s'agit de protéger les portes de l'écluse Sud.

Ce n'est que le 11 mai 1945 que les troupes allemandes signent la reddition de la poche de Saint-Nazaire après d'âpres discutions sur l'avenir des prisonniers d'un côté (les allemands ne veulent pas se rendre directement aux français) et l'exigense française qu'aucunes destructions ne sera effectuées dans le port (les quais, les grues, les écluses et même la base sont minés), dernier territoire encore occupé alors en France. Le port et ses installations sont rendus intactes, c'était aussi l'une des conditions des accords de la reddition. Rapidement de nombreux blocs sont détruits comme le très important bunker-infirmerie-PC au Nord de la base ou l'abri construit sur le quai Ouest de la forme Joubert et destiné à protéger les pompes et les futures portes-caisson (ce qui montre  que les allemands envisageaient bien de remettre en service la grande cale !) Les nombreux LS  et ouvrages de défense érigés sur les quais auront disparu en 1946. Le quartier du petit maroc, complètement ruiné, sera reconstruit après la démolition d'une dizaine d'ouvrages qui occupaient les lieux. Aucun vestiges retrouvés à ce jour. 

 

 

 

                                                                       Carte de la forteresse de Saint-Nazaire, la poche en mai 1945.  

carte de la poche de 1944/1945

 

 

 

FORTERESSE SAINT-NAZAIRE: SECTEURS ET POSITIONS

Depuis l'embouchure de la Vilaine au nord, à Pornic au sud, les allemands partage cette étendue en trois secteurs prenant pour réference des villes. Ainsi "Tu" pour le secteur nord (La Turballe) "Nz" pour Saint-Nazaire et un large périmètre circulaire qui s'étend jusqu'au sud de Saint-Brévin de l'autre côté de la Loire. Enfin "Mi" pour Saint-Michel Chef-Chef. A noter que ce  secteur est le dernier de la zone de stationnement de la VIIème armée allemande (7 KVA C 2).  Ensuite débute celui de la 1ère armée ( 1KVA). Afin sans doute de ne pas surcharger les cartes, les allemands utilisent des abréviations pour indiquer les positions: "T" pour "Tu", "N" pour "Nz" et "M" pour "Mi".

Chaque position est numérotée en fonction du secteur principal (Tu, Nz ou Mi) Le pochoir (cartouche) comprend le nom du secteur, son numéro et le numéro de construction . Exemple avec Tu 47/346. C'est le 346ème ouvrage construit de la festung Saint-Nazaire à la position numérotée 47. Les marquages d'identification restent rares sur l'ensemble de la festung. Le secteur "Mi" semble être le plus complet. En voici quelques exemples.

 

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Le secteur "Nz" est le plus important stratégiquement. C'est le coeur de la festung, avec le port et ses infrastructures, mais surtout la base pour U-Boot, ainsi que le PC du général commandant l'ensemble de la festung. Un peu plus à l'Ouest, le PC de commandement de toute la défense anti-aérienne et des batteries lourdes ainsi que le PC de commandement du secteur Loire. Le secteur "Nz" est intégré au "K.V. Gr. Loire" avec le secteur "Mi". A l'origine  partagé en deux zones. La première qui regroupe les ouvrages côtiers est dénommée "see" (mer) la seconde "Land" (pays/terre) regroupe les positions intérieures. Un nouveau classement les supprime et voit la création de plusieurs petits sous-secteurs comme "Babin" à l'ouest, "seefront" pour le littorale de la Pointe de Congrigoux  à l'ouest au faubourg de Saint-Nazaire, puis "see promenade" pour le front de mer jusqu'au port. Enfin   "Stadt und hafen" pour le centre-ville et le port.  Secteur  "L'Immaculée" pour le quart nord-ouest en dehors de la ville, "Montoir" pour le quart Nord-Est de Trignac jusqu'à Donges et enfin "Brévin" pour la partie sud de l'estuaire.

Le secteur "Tu" est le plus homogène. Dénommé "K.V. Gr. La Baule" dans un premier temps. Il commence au Nord-Ouest à l'embouchure de la Vilaine, et se termine à l'Ouest de Pornichet. La majorité des positions sont maritimes. Celles situées à l'intérieur des terres sont pour moitié sans ouvrages bétonnés, simples lieux de stationnement de troupes ou de contrôle des axes de circulation routière. Certaines positions sont importantes par le nombre d'ouvrage construits, parfois plus de vingt. D'autres sont réduites à un ou deux ouvrages et quelques tobrouks autour. A La Baule, la grande plage est hérissé d'obstacles et de nombreux ouvrages, majoritairement construits directement sur la plage et composés d'encuvements et tobrouks. Lieu de villégiature à l'abri des bombardements pour les allemands qui réquisitionnent des centaines de villas et bien sûr les hôtels et pensions. De gros ouvrages de protection aérienne sont édifiés sur la commune. Si le gros-oeuvre est achevé, ce n'est pas le cas de l'aménagement intérieur où les systèmes de filtration et ventilation de l'air sont en cours d'installation. La Baule est aussi le lieu de repli de l'administration française de Saint-Nazaire. La sous-Préfecture occupe la Villa Caroline dans le quartier de la plage Benoît par exemple. C'est aussi sur ce secteur que sont positionnés les casemates de l'armée de terre sur une ligne continue à partir du Nord de Guérande sur un axe Nord-Ouest Sud-Est.

Le secteur "Mi", situé au sud de l'estuaire est le plus grand par sa surface. Pour autant  le nombre de positions est faible, même si nous y retrouvons le second emplacement de batterie lourde de la festung avec ses deux canons de 24 cm. Cela s'explique peut-être par le peu de possibilités de débarquement en raison d'une côte principalement rocheuse. Il s'étend au Nord depuis Paimboeuf jusqu'au Sud à Préfailles et à l'Ouest la Pointe Saint-Glidas. plusieurs gros points de protection à Mindin, le nez de chien, en face de Saint-Nazaire, Le Pointeau et la Pointe Saint-Gildas.